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Les antipsychotiques sont des médicaments neuroleptiques utilisés principalement dans le traitement symptomatique ou la prévention des récidives de certaines maladies psychiatriques comme la schizophrénie, les troubles du comportement et d'autres psychoses aiguës ou chroniques. Ils sont indiqués pour réduire et soulager certains troubles psychotiques comme l'angoisse, les délires et hallucinations ou encore les excitations psychomotrices. Leur utilisation apporte une amélioration notable de la qualité de vie des malades.

Cependant, leurs actions psychotropes peuvent aussi entraîner des effets indésirables parfois graves, qui nécessitent une surveillance médicale régulière et des précautions d'emploi. Le point.

Bienfaits des antipsychotiques

Le rôle des antipsychotiques sont de diminuer la souffrance du malade et d’améliorer son fonctionnement psychique du point de vue affectif, relationnel et social. Ils permettent également de réduire l’anxiété, de rendre la personne apte à suivre une thérapie et d'éviter le plus possible le risque de vivre un nouvel épisode psychotique ou le risque suicidaire.

Chaque antipsychotique a des caractéristiques pharmacologiques spécifiques dont la connaissance permet au médecin de choisir le médicament le plus adapté à son patient, et de déterminer la dose minimale efficace qui provoquera le moins d’effets indésirables à long terme.

En règle générale, on peut dire que :

  • Les principaux effets bienfaisants communs à tous les antipsychotiques sont :
    • un effet sédatif : ils peuvent être anxiolytiques, apaisants ou sédatifs tout en conservant les capacités intellectuelles et ils diminuent l'agitation et l'agressivité,
    • un effet anti-délirant dit « antiproductif » : ils suppriment ou diminuent les idées délirantes et les hallucinations,
    • un effet désinhibiteur ou « antiautistique » : ils combattent une certaine passivité du malade et diminuent l'apathie et la démotivation.
  • Chaque médicament neuroleptique peut être caractérisé par un effet prédominant.
  • Certains neuroleptiques peuvent produire ces trois effets selon la dose administrée : désinhibiteur à faible dose, antiproductif à dose moyenne, sédatif à forte dose. Exemple : la pipotiazine (Piportil®).
  • Ces actions antipsychotiques sont capables de réduire les symptômes associés à une psychose en quelques heures ou quelques jours, mais il faut quatre à six semaines de traitement pour obtenir un effet optimum. 
  • Certaines pathologies graves nécessitent d'associer plusieurs neuroleptiques pour renforcer leurs effets.

Antipsychotiques : quels sont les risques ?

L'utilisation des neuroleptiques expose le patient à des risques qui peuvent être dus à des effets secondaires, à des interactions médicamenteuses ou à des pathologies associées (contre-indications).

Ainsi, pour éviter certaines complications, la prescription d'un neuroleptique doit :

  • être précédée de bilans cliniques et biologiques (calcul de l’IMC, mesure du périmètre ombilical, mesure de la pression artérielle, dosages à jeun de la glycémie, du cholestérol et des triglycérides) ;
  • s'accompagner de l'évaluation des facteurs de risque du patient (antécédents médicaux, traitements en cours, hygiène de vie) et de leur possible prévention (en particulier du syndrome métabolique et du diabète) ;
  • de la délivrance de ces informations au patient et à son entourage en insistant sur la nécessité de consulter rapidement en cas de survenue de symptômes évocateurs d’un diabète (polyurie, polydipsie, perte de poids).

Effets indésirables des antipsychotiques

Trois effets secondaires graves mais rarissimes peuvent nécessiter l'arrêt ou le changement de molécule du traitement :

  • l'intolérance ou l'allergie au médicament ;
  • le syndrome malin des neuroleptiques qui se traduit par une fièvre élevée, des troubles de la conscience, des sueurs et une salivation excessive ;
  • l'agranulocytose (en particulier avec la clozapine) qui se caractérise par une baisse des globules blancs du sang, un mal de gorge, des aphtes ou une fièvre anormale.

D'autres effets indésirables ont une intensité variable d'un sujet à l'autre. Ils sont généralement bénins mais peuvent être mal supportés : 

  • Les troubles neurologiques : somnolence, confusions, mouvements anormaux, tremblements, spasmes musculaires intermittents, rigidité, akathisie (impossibilité de rester immobile) et les troubles neurovégétatifs : sécheresse de la bouche, hyper-salivation, constipation, rétention urinaire, troubles de l'accommodation sont plus fréquents en début de traitement et peuvent s'estomper par la suite. Ils peuvent être corrigés par la prise d'autres médicaments. 
  • La prise de poids associée à des taux sanguins élevés de sucre, de cholestérol et de triglycérides. Elle nécessite une adaptation de l'hygiène de vie (alimentation, activité sportive...) avec si besoin l'aide d'un nutritionniste. Des analyses biologiques de surveillance de la glycémie et des lipides doivent être régulièrement pratiquées, ainsi qu'un contrôle régulier du poids.
  • Dans le même ordre d'idées, les antipsychotiques peuvent entraîner des troubles du transit et plus d’un quart des patients schizophrènes stabilisés (c'est-à-dire ayant un traitement jugé efficace et pris de façon continue) ont une obésité abdominale associée à une dysbiose intestinale (déséquilibre de la flore intestinale).
  • Les antipsychotiques font partie des médicaments ayant un effet anti-commensal (ils altèrent la flore intestinale) de manière très significative par rapport à d'autres.
  • Les troubles cardiovasculaires : hypotension orthostatique, troubles du rythme cardiaque, et les troubles endocriniens : développement anormal des seins, écoulement de lait, troubles sexuels et troubles de la menstruation, doivent être surveillés et peuvent aussi être pris en charge par des médecins spécialistes.
  • Cas particulier : dans 15 à 20 % des cas, une dyskinésie tardive peut survenir au cours ou après un traitement prolongé. Elle se manifeste par des mouvements involontaires de la bouche, des lèvres, de la langue (mâchonnement), des bras ou des jambes.

Contre-indications liées aux antipsychotiques

Chaque molécule neuroleptique a ses propres contre-indications. Cependant, tous les antipsychotiques sont à utiliser avec prudence en cas :

  • d'antécédent de syndrome malin des neuroleptiques ;
  • de maladie de Parkinson ;
  • de glaucome par fermeture de l'angle ;
  • d'épilepsie ;
  • de porphyrie ;
  • d'affections cardiovasculaires graves ;
  • d'insuffisance hépatique ou rénale sévère ;
  • de démence et de maladies dégénératives du système nerveux central ;
  • de grossesse et d'allaitement ;
  • d'enfants de moins de 5 ans ou de personnes âgées.

Les interactions entre les neuroleptiques et d’autres médicaments, comme les anxiolytiques, les hypnotiques, les médicaments contre l’allergie ou l’hypertension artérielle, certains traitements de la maladie de Parkinson et des troubles de l'érection, etc., peuvent augmenter les risques d'effets secondaires.

Antipsychotiques : recommandations et conseils d'utilisation

Pour optimiser les bienfaits d'un traitement antipsychotique et diminuer les risques, il est recommandé de :

  • Respecter les posologies et les horaires de prises prescrites par le médecin. L'observance du traitement est indispensable même après la disparition des symptômes aigus de la maladie.
  • Consulter son médecin régulièrement pour permettre une surveillance médicale et biologique (contrôle du poids, de la glycémie, de la pression artérielle et du bilan lipidique, en fonction des facteurs de risque et des symptômes) et l'adaptation du traitement si besoin.
  • Ne pas associer le traitement avec d'autres médicaments sans avis médical (risque de contre-indications).
  • Ne pas consommer d'alcool ou d'autres drogues sédatives qui accentueraient la somnolence.
  • Éviter l'utilisation de machines et la conduite automobile, surtout dans les premières heures après la prise du médicament (diminution des réflexes).
  • Se protéger du soleil par un écran haute protection si le médicament est photosensibilisant.
  • Faire attention en période de forte chaleur, car les neuroleptiques peuvent dérégler le thermostat central de l’organisme et provoquer une augmentation de la température corporelle.
  • Avoir une bonne hygiène de vie : alimentation équilibrée, exercices physiques réguliers, sommeil suffisant.
  • Ne pas arrêter le traitement brusquement. L'arrêt d'un traitement psychotrope doit toujours se faire progressivement sur plusieurs semaines et en concertation avec son médecin pour éviter le risque du syndrome de sevrage.

La prise en charge thérapeutique doit faire intervenir médecin traitant et psychiatre.